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18 août 2017

Devoirs faits : le ministre n’a pas compris la leçon

Si l’accompagnement en dehors de la classe par un personnel non enseignant rassure les familles, cela ne permet pas à certains élèves de rattraper un retard pris dans la maîtrise des connaissances. D’après un article d’Adrien Rouchaleou publié dans le journal l’Humanité du 4 août.

Le ministre a annoncé la mise en place d’un dispositif d’apprentissage censé réduire les inégalités entre enfants. Un type de mesure qui a déjà démontré son inefficacité.

On le sait depuis une interview accordée récemment au Journal du dimanche  : pour le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, «  l’ennemi du service ­public, c’est l’égalitarisme  ». Aussi, quand, en mai, devant le 94e congrès de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (Peep, plutôt classée à droite), il ­annonce une mesure pour «  amenuiser les inégalités qui peuvent exister entre les ­familles  », il n’est pas illégitime de se questionner.

De quoi s’agit-il  ?

D’un dispositif que le ministre appelle tout simplement «  devoirs faits  », puisque «  l’objectif est que les enfants rentrent chez eux devoirs faits  ». En pratique, «  ça signifie que des devoirs, il y en a, mais qu’ils ne sont pas faits pour être faits à la maison, mais plutôt dans l’établissement, de façon à créer une forme de tranquillité en famille sur ces sujets, d’amenuiser les inégalités qui peuvent exister entre les ­familles  », poursuit l’ancien directeur de l’école de commerce Essec.

Faire appel au service civique

Pas une mauvaise idée en soi, bien qu’il faille rappeler avec ironie qu’un tel dispositif avait déjà été mis en place dans les collèges de l’enseignement prioritaire en 2008 et aurait dû être généralisé si, en 2010, il n’avait été supprimé par le directeur général de l’enseignement scolaire de l’époque, un certain Blanquer Jean-Michel !
Cela fait déjà des années que tout le monde s’accorde à considérer que les devoirs à la maison posent des problèmes. «  D’une part, d’alourdir la charge des enfants et adolescents au détriment d’autres occupations comme le sommeil, le sport ou les activités culturelles  ; d’autre part, d’entériner, voire d’accroître les inégalités scolaires, en faisant effectuer le travail dans des contextes matériels, sociologiques et psychologiques très hétérogènes  ; enfin, de renvoyer en dehors de la classe des moments d’appropriation et des temps d’apprentissage méthodologique (apprendre une leçon, réviser un contrôle, faire un résumé ou une dissertation, préparer un exposé, etc.) qui sont absolument décisifs pour la réussite scolaire  », explique le chercheur en sciences de l’éducation et de la pédagogie Philippe Meirieu.

Mais comment Jean-Michel Blanquer, membre d’un gouvernement obnubilé par la baisse de la dépense publique et à la tête d’un ministère au budget déjà fort serré, compte-t-il s’y prendre pour assurer l’encadrement de ces heures d’études dirigées  ?
La réponse, il l’a donnée le 6 juin sur Europe 1  : «  Avec les professeurs et les assistants d’éducation, je vais lancer une grande mobilisation du service civique pour avoir plusieurs milliers de volontaires jeunes, en train de finir leurs études, à qui nous proposerons ces missions.  »
Compte tenu de l’obsession de l’économie affichée par le gouvernement, il ne fait aucun doute que les services civiques seront largement préférés aux heures supplémentaires d’enseignants. Or l’expérience, y compris au niveau international, démontre plutôt que ce type de dispositif a l’effet inverse à celui recherché. Le Café ­pédagogique rappelle notamment l’expérience des «  teaching assistants  » mis en place par le gouvernement travailliste au Royaume-Uni. Après deux années d’évaluation, un rapport concluait à l’échec  : «  Plus un jeune est “aidé” par un teaching assistant, moins il progresse.  »

Quel sens donner aux devoirs  ?

L’accompagnement en dehors de la classe par un personnel non enseignant permet certes de s’assurer que les devoirs sont faits, cela rassure sans doute certains parents, mais cela ne permet pas aux élèves de rattraper un retard qu’ils auraient pu prendre en classe dans la maîtrise de connaissances.
Professeur en sciences de l’éducation à Paris-VIII, Patrick Rayou appelle, lui, à interroger le sens même des devoirs à la maison  : «  Il ne semble pas que les devoirs soient utiles aux élèves qui ont le plus besoin de compléter des apprentissages qui n’ont pas été convenablement mis en place pendant les séquences de cours. Beaucoup des élèves que nous avons vus, notamment dans des aides aux devoirs, s’acquittent très scrupuleusement de leur tâche, mais si leurs difficultés d’apprentissage au cœur de la classe, au milieu de leurs pairs, persistent, ils peuvent finir par penser qu’ils sont nuls. Ils se débarrassent alors de ce qui ne constitue plus qu’un pensum, voire ne font plus leur travail. Ce qui ne fait en effet que creuser les inégalités d’apprentissage.  »

De quoi laisser un peu de devoir de vacances à Jean-Michel Blanquer !

En savoir plus...

La suppression des devoirs à la maison (site de Daniel Calin)

Devoirs à la maison : 50 ans de travail au noir (IA 59 - Février 2006)

 

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