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26 août 2017

Apprentissage de la lecture : syllabique ou globale ?

Le ministre de l’Éducation nationale souhaite que l’enseignement de la lecture s’appuie « sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale ». Une affirmation qui renvoie à un débat historique entre deux grandes approches pédagogiques analysées par Roland Goigoux, professeur à l’Université Clermont-Auvergne et formateur à l’ESPE. Un article de Blandine Le Cain publié dans le Figaro du 24 août.

Méthode syllabique contre globale, de quoi parle-t-on ?

Les termes renvoient à un débat bien ancien : dans une interview à L’Obs, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, explique que la méthode d’apprentissage de la lecture qu’il souhaite promouvoir est celle qui s’appuie sur une pédagogie « de type syllabique ».

De quoi réveiller une opposition vieille de plusieurs décennies.

Méthode syllabique contre méthode globale : derrière ces termes pas toujours compris se cachent en effet deux approches pédagogiques au postulat de départ opposé. Qui ne les empêchent cependant pas de cohabiter aujourd’hui dans de nombreuses classes d’école primaire en France depuis plusieurs années.

Qu’est-ce que la méthode syllabique ?

Comme son nom l’indique, cette méthode est basée sur un apprentissage associant les lettres de l’alphabet aux syllabes qu’elles forment. L’enfant est amené à apprendre les sons (dits phonèmes) que forment les lettres ou les ensembles de lettres (dits graphèmes) pour les reconnaître ensuite dans les mots. Ainsi, il apprendra la prononciation de « an », « oi » ou « on » avant d’être amené à lire un texte comportant des mots tels que « dans » ou « poisson ». La correspondance entre les lettres et le sens se fait à l’issue de ce processus.

« L’orientation syllabique part des briques que sont les lettres pour les combiner et construire les mots », résume Roland Goigoux, professeur à l’Université de Clermont-Auvergne et spécialiste des questions de l’enseignement de la lecture et de l’écriture. La méthode stricte comporte deux interdits : le fait de faire mémoriser aux enfants des mots entiers dont ils n’ont pas étudié tous les phonèmes, ou d’apprendre un mot sans l’avoir décomposé orthographiquement, lettre par lettre.

Cette méthode d’enseignement, souvent appelée « méthode b.a. -ba », remonte au XIXe siècle. Elle est donc la plus ancienne, bien qu’elle ait connu des variations au fil des progrès techniques liés à l’écriture (apparition de la craie, accès facilité au papier, etc.).

Qu’est-ce que la méthode globale ?

Inventée au début du XXe siècle par le Belge Decroly, cette pédagogie s’appuie sur l’idée que l’enfant perçoit d’abord ce qui a un sens pour lui. Elle part donc de mots connus, qui sont mémorisés d’un bloc, sans enseigner au départ la correspondance avec les lettres et le sens. Par la suite, l’enfant déduit les liens qui unissent les mots. Dans les années 1970, la méthode s’est transformée et rigidifiée sous l’impulsion de Foucambert, qui établit un interdit : celui d’enseigner la correspondance des lettres avec du sens. En somme, dans cette forme stricte, seul le mot entier doit être considéré, et non les lettres qui le composent.

Cette méthode a été recommandée dans les instituts de formation entre 1975 et 1985, « ce qui a eu des effets néfastes », explique Roland Goigoux. Le spécialiste souligne cependant que plusieurs approches s’opposent. La pédagogie Freinet, notamment, relève de la méthode globale car elle part « d’un énoncé complexe », mais elle mène à « un travail d’analyse pour comprendre les lettres et les sons », ce qui induit une explication des lettres.

Quelle est la méthode appliquée à l’heure actuelle ?

Le débat entre ces deux approches a connu un pic autour des années 2000. « Cette question n’était pas réglée dans les programmes de 1995 », souligne Roland Goigoux. Les premiers travaux de recherche sur le sujet datent des années 1990. À partir de cette période, les pédagogues s’accordent sur la nécessité d’une méthode dite « explicite », c’est-à-dire qui intègre une correspondance entre les lettres et les sons -le fameux « déchiffrage ».

La méthode globale stricte est écartée, au profit de la méthode syllabique assouplie : l’apprentissage se fonde sur les syllabes, mais les enfants mémorisent également un corpus de mots essentiels (« dans », « école », leur prénom...). On leur donne également des textes à lire dans lesquels une petite partie des phonèmes n’a pas été étudiée. « Cette approche est effective dès les programmes de 2002 », souligne Roland Goigoux. On parle alors de « méthode combinatoire », désormais utilisée par la très grande majorité des enseignants. La récente recherche d’ampleur menée sur le sujet - dirigée par Roland Goigoux - l’a validée en soulignant l’importance de considérer un ensemble de critères d’apprentissage plutôt qu’en prônant ou en interdisant strictement une méthode spécifique.

En 2006, le ministre de l’Éducation nationale Gilles de Robien avait tenté de mettre en place une stricte méthode syllabique, sans y parvenir. Il en résulte un arrêté ministériel imposant que toute méthode n’intégrant pas de rapport entre les lettres et les sons soit abandonné.

Pour le spécialiste Roland Goigoux, les propos tenus dans L’Obs par l’actuel ministre Jean-Michel Blanquer pourraient être interprétés de deux façons : comme un souhait de poursuivre dans la pédagogie actuelle ou comme une volonté de renforcer l’approche syllabique. « Mais il serait très étonnant que sa volonté soit celle-là », conclut-il. Selon lui, « la question n’agite pas du tout les maîtres » et ni les centres de formation, ni les enseignants n’ont reçu de directives en ce sens.

 

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